Chez soi au Neudorf ? – Atelier Outillé

L’objectif de cet atelier outillé est de comprendre, à travers une activité, les éléments qui permettent aux habitants du quartier de se sentir chez eux. L’outil permet de questionner les usagers sur leurs pratiques et habitudes dans l’espace public et par conséquent, de comprendre comment ils le perçoivent. Au fil des discussions, je découvre la relation qu’ont les habitants avec leur quartier, leurs envies et besoins, comment ils s’en servent et comment ils interagissent avec les autres usagers.

Contexte

  • Nombre de séances : 2
  • Situation : mercredi après-midi, principalement des parents avec leurs enfants, des seniors et quelques jeunes adultes, public non averti, je vais à la rencontre des usagers présents à la médiathèque
  • Durée : 02 heures (en moyenne 10 minutes par personne) 
  • Lieu : Médiathèque de Neudorf (Strasbourg)
  • Participants/accompagnateurs : Marie Maheu, Coordinatrice Participation des Publics et Numérique (aide installation, annonce au micro), Anaëlle (accompagnatrice, documentation), moi-même (facilitatrice)

Posture du designer

En tant que designer, je suis présente en tant que facilitatrice afin d’expliquer les enjeux de l’atelier aux usagers participants et d’échanger oralement avec eux. Je m’appuie sur mon outil pour engager la discussion ensuite. Par le biais des questions, je cherche à comprendre quels intérêts les usagers trouvent dans leur quartier et quels éléments leur apportent du confort au quotidien. L’atelier me permet également d’adopter une posture d’écouteur actif, le but principal est d’observer, d’écouter pour comprendre les dynamiques et les points de vue afin de recueillir les besoins, les idées ou les tensions. J’établis une relation de conscientisation créative avec les usagers, mon outil permet de créer un contexte favorisant la créativité (composition sur photographie). 

Déroulement  

Mon atelier à une durée variable en fonction de l’échange, il dure entre 5 et 10 minutes, il se passe en deux temps. Il peut se faire individuellement ou à deux.

étape 1 : trouver des usagers prêts à passer une dizaine de minutes avec moi
étape 2 : présenter l’atelier, les enjeux
étape 3 : demander à l’usager de choisir une photo d’un lieu du quartier qui lui plaît ou dans lequel il va régulièrement (cette étape a été supprimée par la suite, les lieux choisis et pris en photo n’étaient pas représentatifs des habitudes des habitants, la photo a été imposée par la suite)
étape 4 : placer la photo sur le support devant l’usager
étape 5 : demander à la personne d’illustrer ce qu’elle a l’habitude de faire dans cet endroit – et de manière générale dans son quartier – en utilisant les objets dessinés et les personnages. Demander ensuite d’illustrer à l’inverse ce qu’il·elle aimerait faire dans cet endroit à l’avenir.
étape 6 : échange

Documentation

  • photographies
  • enregistrements audio
  • prise de notes

Matériel

  • panneau pour attirer l’attention du public
  • papiers dessins d’objets 
  • papiers images personnages 
  • photo du quartier grand format
  • support avec question clé
  • boîte de rangement des éléments de composition

Résultats/Analyse

Lors de mon atelier outillé avec les usagers du quartier de Neudorf, plusieurs éléments récurrents ont émergé. Parmi les objets sélectionnés, le vélo et le banc ont été très souvent mentionnés, soulignant leur rôle central dans l’usage de l’espace public. Le vélo est souvent perçu comme un moyen de déplacement par les personnes interrogées. Le sport (panier de basket, jeux de balles, vélo, les simples balades) revient fréquemment dans les pratiques mentionnées, renforçant l’idée que l’espace public est aussi un lieu d’activité physique et de bien-être. L’un des participants m’a raconté qu’il courrait quasiment tous les matins dans le quartier et que cette pratique régulière lui avait permis de découvrir de nouveaux lieux. De même, les repères et habitudes jouent un rôle essentiel dans le sentiment d’appartenance au quartier : le marché apparaît comme un point de référence majeur, structurant le quotidien des habitants. Ils y rencontrent des commerçants qu’ils voient et avec qui ils échangent chaque semaine. Les participants mettent régulièrement l’accent sur le fait que les autres, les habitants, les commerçants, les voisins, sont un élément central du bien-être dans l’espace public, ils se reconnaissent, ils échangent, ils passent du temps ensemble. On remarque par le biais de cet atelier l’importance accordée aux commerces de proximité, il m’a été dit plusieurs fois que le quartier de Neudorf est un peu comme un “village dans la ville”, où règne une atmosphère très familiale. Aussi, étant donné que j’ai testé mon atelier les mercredis après-midi, j’ai eu affaire à de nombreux parents avec des enfants en bas âge, ils fréquentent les parcs, qui semblent être des lieux centraux pour eux. Un parent a souligné qu’il y avait peu d’éléments de jeu sur la place du marché, un manque qui pourrait être exploré davantage. La sécurité pour les enfants est également un critère important pour les usagers dans leur façon d’investir l’espace public. Certaines personnes évoquent aussi la lecture comme un moment de détente en extérieur. Enfin, un point intéressant à noter est que les participants n’ont jamais choisi les objets relatifs à la maison pour représenter leur usage de l’espace public, ce qui interroge la frontière perçue entre le privé et le collectif. Il serait intéressant d’approfondir cette question : pourquoi ces objets, pourtant associés au confort, ne sont-ils jamais sélectionnés ? 

Constats sur le fonctionnement de l’atelier

Après la réalisation de mon atelier-outillé auprès des usagers, plusieurs éléments d’analyse ont émergé. Tout d’abord, j’ai observé que certaines personnes n’osaient pas fouiller spontanément dans la boîte mise à leur disposition. Pour faciliter leur appropriation du matériel, j’ai choisi d’éparpiller les éléments sur la table, ce qui a rendu l’interaction avec l’outil plus fluide. J’ai également remarqué que les participants ne composaient que très rarement des mises en scène avec les éléments fournis : au lieu d’illustrer des saynètes sur les photos, ils se contentaient généralement de poser des objets pour nommer des actions ou des usages. Les personnages, en particulier, étaient peu utilisés, à l’exception d’une participante qui s’en est exclusivement servie. Par ailleurs, les premières images du quartier sélectionnées ne représentaient pas fidèlement les lieux familiers des usagers, ce qui a nécessité une adaptation : j’ai finalement choisi une seule image plus représentative, la place du marché, connue par tous. L’atelier a également mis en évidence l’importance du vocabulaire employé : les participants semblaient mieux comprendre l’enjeu lorsqu’on parlait de confort, d’habitudes et de repères, plutôt que lorsqu’on évoquait la notion de chez-soi ou de réappropriation de l’espace public, qui leur paraissait plus abstraite. Enfin, l’atelier mené avec une mère et sa fille a été intéressant, mère et fille n’avaient pas la même vision de ce qui leur apporte du confort, lorsque l’une disait « J’aimerais bien qu’il y ait plus de fêtes de quartier », l’autre disait « Il y en a quand même déjà souvent ». Cette interaction a été particulièrement intéressante, car leurs échanges spontanés ont permis d’approfondir les perceptions et de recueillir d’autres informations.

 

Verbatim

« Ça fait chaud au cœur de voir qu’un livre qu’on a déposé dans la boîte à livre a été pris »
« J’aime bien rester sans rien faire et observer les gens autour de moi »
« Il y a un petit marchand qui est là tous les jours de la semaine, Jérôme. Et quand je vais chez lui il me dit bonjour, il me reconnaît et c’est ça qui va faire que je me sens bien dans mon quartier »
« Le quartier de Neudorf fonctionne comme un cocon, mais il peut devenir enfermant, je trouve ça très important de sortir du quartier, aller au centre-ville »
« Il y a beaucoup d’étudiants qui ne sont là que de passage à Strasbourg et qui n’ont pas forcément de sentiment d’appartenance »
« Mon moment préféré dans le quartier, c’est le samedi matin au marché »
« Je ne peux pas laisser sortir le petit avec le trafic routier, mais d’un autre côté si c’était fermé partout, il n’y aurait plus cet aspect d’esprit libre »